Aby Gaye

Camp de basket Terang’Aby, au Sénégal (2021)

Comment décrirais-tu ton lien à la France et à l’Afrique ? 

Je suis basketteuse professionnelle. En tant qu’internationale sénior, j’ai connu ma première sélection en équipe de France en 2014. Je figure dans le groupe élargi identifié par l’Entraineuse Nationale : Valérie Garnier.  À la ville, je ne me suis jamais départie de mon double projet. J’ai toujours tenu à aller le plus loin possible dans mes études pour m’assurer une reconversion réussie. Il aurait pourtant été assez aisé d’abandonner mes études, compte tenu des lourdes contraintes sportives auxquelles je suis sujette. Aujourd’hui, je suis diplomée du certificat préparatoire SHN, acquis à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Sciences Po Paris. Je me dirige actuellement vers des études en économie du développement afin d’allier mes projets associatifs à ma future carrière professionnelle.

En tant que franco-sénégalaise, j’embrasse pleinement ma double culture. Je cultive un attachement viscéral à ma terre d’origine. Il faut dire que mes parents ainsi que ma famille demeurée au Sénégal y ont beaucoup contribué. J’effectue désormais des passages très fréquents. Je suis aussi une avide lectrice d’auteurs francophone du continent qui ont conforté chez moi un intérêt majeur pour la culture de mon pays. Pour une jeune sénégalaise, grandir en Europe comporte son lot de questionnements divers. J’ai dû effectuer mon propre cheminement pour affirmer mon identité, ma taille, ma couleur de peau. J’imaginais son territoire d’origine totalement dépourvu de ce genre d’enjeux. La surprise fût donc totale lorsqu’elle je pris conscience de ces mêmes problématiques au pays

Peux-tu nous parler du projet que tu portes ?

Il m’est souvent arrivé de penser aux jeunes filles noires ébènes telles que moi, celles dont on se moque dès le plus jeune âge parce qu’elles n’ont pas « le teint qu’il faut » … celles que l’on appelle « minuit » ou encore « charbon » ; j’ai été confronté aux mêmes problèmes. Cependant, j’ai eu la chance d’avoir eu un entourage qui m’a soutenu et encouragé, en me renvoyant constamment une image positive de moi-même. Grâce à cela, j’ai grandi en étant fière de ce que j’étais : une fille noire, comme bon nombre de mes consœurs. Accepter sa différence et sa singularité dans une société qui ne reconnaît pas nos critères de beauté est un combat quasi quotidien : notre statut de femme noire ne doit pas être un handicap ! À nous, les premières concernées, de faire évoluer les mentalités et de rendre banal ce qui paraît aujourd’hui anormal. Comme j’aime à le dire : la beauté n’est pas singulière, mais universelle.

L’initiative TERANG’ABY a pour but de véhiculer une image forte et positive de la jeune femme africaine. Notre ambition : que chaque jeune fille s’accepte telle qu’elle est et se sente capable de tout réussir ! Notre but est d’utiliser le basket, l’échange et la conscientisation afin qu’elles réalisent leur potentiel et visent la place qu’elles méritent au sein de la société. Cette initiative est motivée essentiellement par la recherche de l’égalité entre les Hommes : permettre à chacun d’exprimer sa vraie nature est une liberté fondamentale primaire. Notre société a trop souvent été hiérarchisé en fonction de la couleur de peau, la classe sociale, le lieu de vie etc… Nous portons particulièrement notre attention sur l’émancipation des jeunes filles, à travers des thèmes propres à la condition féminine : l’autonomisation des femmes, l’importance de la scolarité, l’éducation sexuelle, l’ambition etc… À travers ses actions, TERANG’ABY souhaite encourager ces jeunes à devenir les dignes représentants des nations africaines éclairées et entreprenantes.