Comment décrirais-tu ton lien à la France et à l’Afrique ? 

Je suis née à Kinshasa, à une époque où la République Démocratique du Congo s’appelait encore le Zaïre. En 1991, mes parents ont quitté leur pays pour la France, pour que mon père puisse poursuive un doctorat à l’Université Paris Dauphine. J’étais âgée de huit mois.

Malheureusement, l’évolution de la situation politique du pays ne leur a pas permis d’y retourner comme ils auraient sans doute préféré. Ils ont ainsi renoncé à tout ce qu’ils y avaient bâti et sont restés en France.

J’ai ainsi grandi en France, dans un milieu assez modeste, interloquée par les inégalités que j’observais autour de moi. Au fil du temps, je percevais de plus en plus ces inégalités comme n’étant rien d’autre que des injustices d’un système globalisé qui me semblait alors déshumanisé ; cela a suscité en moi un sentiment d’indignation.

Cette indignation s’est vite transformée en motivation à être actrice du changement. Ayant eu la chance de pouvoir bénéficier du remarquable système éducatif français – qui m’a notamment menée sur les bancs de Sciences Po. Paris – j’ai très tôt réalisé le pouvoir émancipateur de l’éducation et j’ai entrepris de contribuer à offrir des opportunités similaires à ceux qui en sont privés.

Aujourd’hui je me perçois avant tout comme une citoyenne du monde au service de l’Humanité.  Cependant, dans mon lien à la France et à l’Afrique, je me perçois surtout comme un pont entre deux univers, si proches et si éloignés à la fois, qui se doivent de collaborer pour l’avancement de la dignité humaine de façon générale.  

Quel est ton parcours ?

La voie l’entreprenariat n’était pas la voie la plus évidente lorsque j’étais fraichement diplômée en Management Public International ! Cependant, je ne pouvais me contenter d’être indignée. Il était important pour moi de m’engager et d’agir concrètement pour améliorer une situation qui me semblait – et me semble toujours – insoutenable.

Depuis une dizaine d’années maintenant, je me suis passionnée pour le développement du secteur de l’énergie en Afrique, parce que très tôt, j’ai identifié l’accès à l’énergie comme un puissant vecteur de développement socio-économique, et donc un outil efficace pour réduire les inégalités.

A l’échelle macro, je travaille depuis 2013 au déploiement de projets d’installation de panneaux solaires photovoltaïques dans le cadre de partenariats publics-privés (PPP). J’ai été notamment en charge le développement de projets d’une puissance située entre 30MW et 120MW en Afrique de l’Ouest et Centrale.

A l’échelle micro, j’ai fondé en 2016 Energy Generation, une organisation panafricaine qui a pour objectif d’encourager les jeunes africains à relever les défis les plus pressants de leur génération (énergie, agriculture, santé, etc.) à travers l’entreprenariat et la technologie. Notre leitmotiv est de soutenir et promouvoir les innovations technologiques et entrepreneuriales « made in Africa ».

De plus, parce que je crois sincèrement que le développement des sociétés humaines passe aussi par le développement personnel de chacun, j’ai conçu le programme en ligne intitulé Defying the Odds afin d’inspirer, à ma manière, toute personne qui – comme moi à une certaine époque – se sentirait limitée par des circonstances de départ peu favorables, à se dépasser afin de réaliser son plein potentiel.

Peux-tu nous parler du projet que tu portes ?

Depuis sa création en 2016, Energy Generation a accueilli des jeunes venant de 17 pays africains différents et qui ont développé des produits impressionnants d’ingéniosité et fondé des entreprises à fort potentiel de croissance.

Au fil des années, nous avons construit notre modèle pour répondre spécifiquement aux défis auxquels font face la majorité des entrepreneurs en Afrique. Un modèle d’accompagnement holistique sur le long terme (de 2 à 5 ans), qui se concentre sur les briques d’accompagnement manquantes par ailleurs. C’est là que réside la spécificité de notre modèle.

  1. Un format unique de pré-incubation

Les entrepreneurs en devenir intègrent d’abord un programme hybride et unique en son genre, à la croisée du programme de développement d’entreprise et un cursus académique de deux ans, allant du Bachelor au MBA. Durant ce parcours, ils reçoivent les compétences critiques pour entreprendre avec succès et sont accompagnés dans la définition de leur projet. À la fin du programme ces entrepreneurs en herbe ont développé un MVP, ont réalisé leur preuve de concept.

  1. Une incubation à forte composante technique

Une fois les compétences clés acquises et leur projet défini, nous accompagnons nos entrepreneurs dans le développement de leur produit et la définition de leur modèle économique. Nos experts techniques et nos ateliers de prototypage sont une forte spécificité de notre modèle d’accompagnement.

  1. Un véhicule de financements d’amorçage adapté (en structuration)

Maintenant que nos premières startups sont suffisamment mûres pour en bénéficier, nous souhaitons systématiser nos activités de financement d’amorçage offrant des prêts d’honneur et des investissements de taille adaptée. Nous voulons démontrer l’importance de cette brique d’inclusivité financière qui manque cruellement à l’écosystème entrepreneurial africain.

Quel est ton motto ?

“Never give up without a fight”