Jeune Afrique | le 12 janvier 2021

Le cofondateur de l’International Agroécological Movement of Africa (IAM Africa) explique l’originalité de cette initiative privée pour intensifier l’agriculture du continent par des moyens respectueux de l’environnement.

À Mbar Toubab, au Sénégal, 150 000 variétés de plants d'acacia poussent dans un jardin de la Grande Muraille verte.

À l’occasion du Forum d’investissement pour la Grande muraille verte (One planet summit Biodiversité), une centaine d’organisations privées et publiques africaines et européennes ont signé, lundi 11 janvier, à l’Élysée une charte pour développer de façon durable les filières agro-pastorales en Afrique et notamment au Sahel.

Cette signature s’est déroulée en présence du président français, Emmanuel Macron, du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, ainsi que du Prince Charles de Galles.

Dans l’entretien ci-dessous, Karim Ait Talb, cofondateur de cette initiative baptisée International Agroécological Movement of Africa (IAM Africa) et directeur général adjoint du groupe Advens-Géocoton, explique l’originalité de ce projet.

Jeune Afrique - Quelle est la vocation de IAM Africa ?

Karim Ait Talb - L’agriculture africaine a du mal à se développer. Elle est familiale et affronte une multitude de défis en matière de sécurité, de météo et de santé. Les agriculteurs n’ont pas accès aux intrants, aux semences ou aux engrais. Leur productivité est faible.

Nous avons mis en place une coalition d’acteurs privés qui couvrent l’ensemble des chaînes de valeur afin de maximiser la production locale et sortir l’Afrique de son statut de simple terre d’extractions.

Beaucoup d’organisations travaillent à l’amélioration de l’agriculture africaine, la Banque mondiale tout comme le FIDA ou la FAO sous l’égide de l’ONU. Qu’est-ce qu’IAM Africa apportera de plus ?

Sauf erreur, cette initiative privée est inédite. Elle fédère des organisations africaines et européennes de toutes les tailles et de tous les secteurs pour créer un écosystème d’entreprises destiné à intensifier les productions locales par des moyens respectueux de l’environnement. Awan Africa, qui compte plusieurs milliers d’agricultrices africaines, y voisine avec Bolloré Logistic, Rik Togo, spécialisé dans le karité, avec le Cirad, le SAF Ingrédients qui produit des oignons séchés avec le Conseil présidentiel français pour l’Afrique, le patronat sénégalais avec le patronat français.

L’important est de fédérer ces compétences d’amont en aval pour en finir, par exemple avec le paradoxe d’une Afrique de l’Ouest qui produit beaucoup de lait grâce à un cheptel de millions de têtes de bétail, mais qui importe de la poudre de lait. Pour y parvenir, il faut des infrastructures, des routes, de l’électricité, toutes choses qui relèvent du secteur public. Mais il faut aussi du fourrage, des soins vétérinaires, du transport, de la formation, de la transformation dont le secteur privé doit assumer la responsabilité.

N’est-ce pas le financement qui manque le plus au secteur agricole ?

Cette question est à la base de la philosophie d’IAM Africa. À Géocoton, nous travaillons avec 65 000 petites exploitations qui font vivre entre cinq et dix personnes. Ce sont plusieurs centaines de milliers de personnes qui bénéficient d’une meilleure sécurité alimentaire, car nous leur fournissons des intrants à crédit, nous les formons et nous achetons leur production.

Si l’on veut développer la culture du maïs, il convient de recourir à une génétique de qualité et mettre en place une organisation pour regrouper des milliers de petits producteurs. Il faudra faire de même dans tous les secteurs en créant des chaînes pour mieux valoriser les produits agricoles, ce qui suppose de coordonner le transport, la conservation et la transformation. Pour y parvenir, il nous faut cesser de travailler chacun dans son coin.

Pourquoi vos trois parrains sont-ils les présidents Macron et Ghazouani ainsi que le prince Charles ?

Dans son discours d’Ouagadougou, le président Macron avait demandé au secteur privé de se mobiliser en faveur du développement africain ; il croit à l’agro-écologie.

Le président Ghazouani est le président en exercice du G5 Sahel, zone fragile qui nécessite beaucoup d’attention, car des milliards lui ont été promis et ses populations n’en voient pas encore les bénéfices. Lui aussi adepte de l’agro-écologie, le prince Charles a manifesté son intérêt pour notre initiative.

Quel est votre programme ?

Au cours du mois de février, nous allons continuer à persuader de nous rejoindre de nouveaux acteurs qui partagent notre vision. Nous mettrons en place une gouvernance ainsi qu’un plan stratégique à moyen et long terme dont nous rendrons compte chaque année. Nous ciblerons le Sahel qui est l’un des « hotspots » du changement climatique.

La structuration des chaînes de valeurs de l’agriculture et de l’élevage encourageant le déploiement des pratiques agro-écologiques et la création d’emplois dignes et durables constituera une réponse importante pour l’adaptation des populations à ce bouleversement climatique. Nous nous engageons à participer à la réalisation des objectifs 2030 de la Grande muraille verte.

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