© Stephanie Rasolonjatovo

« La cuisine correspond à l’histoire de chacun. La mienne est riche, diversifiée, généreuse, sans complexes et ouverte aux autres cultures. » – Aina Ramadison

Comment vous est venu l’idée d’être chef ?

En 2017, j’ai fait une reconversion professionnelle. Suite à un bilan de compétences de Pôle emploi, j’ai pu suivre une formation du réseau GRETA et me former en CAP Cuisine, avec un passage dans une chaîne hôtelière en bistronomie et dans une restaurant gastronomique étoilé. Durant cette période, j’ai rencontré des chefs qui étaient véritablement passionnés, dans la transmission du savoir-faire et le partage. Comme je travaillais auparavant dans le marketing relationnel, j’ai aussi pu bâtir les relations qui sont au cœur de ma réussite aujourd’hui et qui permettent de mutualiser les savoir-faire et les connaissances.

A mes débuts, je me suis rendue aux événements internationaux du Village International de la Gastronomie et sa fondatrice m’a conseillé de puiser dans mes souvenirs d’enfance pour créer des émotions dans mes assiettes. Grande amoureuse de la cuisine populaire malagasy, ma signature culinaire consiste à proposer une version de celle-ci, qui se situe entre la bistronomie et la gastronomie. Ceci permet de donner envie de voyager autrement et de découvrir ma terre natale de Madagascar !

© For the Love of Food

Citez une de vos particularités.

Je travaille avec plusieurs partenaires basés à Madagascar et ici qui me fournissent leurs produits (miel, vanille, épices et chocolat). Nous collaborons régulièrement ensemble lors de festivals culinaires pour montrer que « Madagascar est présent » !

Pour les fêtes, j’ai créé une box avec mes partenaires pour mettre en avant leurs produits, avec des recettes pour une entrée, un plat et un dessert les utilisant. Une deuxième version va d’ailleurs sortir en avril sur la plateforme For the Love of Food.

Qu’est-ce qui a marqué votre parcours de chef ?

Les rencontres et être au bon endroit au bon moment ! Je crois que l’ouverture d’esprit contribue à cela aussi. Je pense tout d’abord à la rencontre avec le responsable de la formation GRETA et les professeurs, qui m’ont donné le courage de suivre ma passion et d’aller de l’avant. Il y a aussi ma rencontre avec le chef Eddy Creuzé du Bistrot de la Grande Maison, chez qui j’ai suivi mes premières formations et qui m’a dit : « Aina, ne doutez jamais de vous, vous êtes faites pour ça. » Il y a ensuite eu ma rencontre avec Anne-Laure Descombin du Village International de la Gastronomie, qui m’a suggéré de mettre à l’honneur la cuisine populaire de Madagascar, ainsi que mes années de travail en tant que chef dans le milieu de l’handicap, durant lesquelles j’ai fait mes armes. En 2017, j’ai fait la rencontre du chef Lalaina Lartistika de Madagascar, remarquable par son professionnalisme, son talent et sa persévérance. Un chef passionné. C’est mon mentor.

Je pense aussi à ma rencontre avec les ambassadrices de Meet My Mama en 2019. Le groupe m’a permis de renforcer mon capital confiance, en me donnant par exemple l’opportunité de raconter mon parcours et les belles histoires de mes partenaires devant 300-400 personnes pour raconter, ce qui m’a valu de faire partie du livre Les Mamas cuisinent le monde, qui a obtenu le Prix Eugénie Brazier et le Gourmand Awards dans la catégorie « Woman and Food ». La même année, j’ai aussi participé au concours For the Love of Food, incubateur de jeunes chefs ambassadeurs de leurs pays respectifs. Enfin, j’ai été marquée par la rencontre avec mes partenaires, qui véhiculent les mêmes valeurs que je prône et qui font la promotion de Madagascar à mes côtés. Enfin, je citerai ma rencontre avec Sonia Marty, fondatrice du concept Blackculinaria, dans le cadre de ma participation au Blackculinaria Summit, premier sommet digital de l’excellence des gastronomies africaines.

Que souhaitez-vous transmettre ?

La passion est ce qui permet de tenir dans ce métier difficile, qui demande beaucoup de sacrifices et d’abnégation. C’est aussi l’un des métiers les plus riches qui soient. Sa richesse est sa diversité. Il y a de la place pour tout le monde. C’est un métier où la femme fait sa place dans chaque branche. Mon métier de chef m’a rendue super fière de ma double culture franco-malagasy et je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui sans elle. Il y a d’ailleurs un équilibre intéressant à trouver entre le fait d’assumer ses racines, tout en faisant la juste part à son pays d’adoption.

© Moramoravenue

Je participerai les 4-5 avril prochains à la première édition du concours Best Chef Afrika, dont l’objectif est de mettre en avant la cuisine africaine en France et en Europe. Le fait d’avoir été nomée en tant qu’Ambassadrice experte de Madagascar par l’Organisation mondiale de la gastronomie et d’être membre de l’Académie Nationale de Cuisine d’Ile-de-France me permettent davantage de contribuer dans mon métier à allier tradition et modernité.

Un Rêve ?

Pourquoi pas ouvrir un restaurant solidaire ici ou ailleurs ? Il faut encore que cette vision continue de mûrir. Je souhaite laisser une empreinte par le biais le de la cuisine à mes enfants et à la société. Je crois en la transmission inter-générationnelle et je souhaiterais que tous y aient accès, sans distinction. C’est aussi pourquoi je suis présidente de l’association « Gratin d’emploi », car je suis convaincue que la cuisine est un outil incontournable pour aider les autres durablement.