Quel est votre parcours ?

Je viens de Mauritanie, de Wothie, un village au bord du fleuve Sénégal. Seule frontière mauritanienne qui ne soit pas rectiligne. D’un côté du fleuve, une mère Sénégalaise. De l’autre, un père Mauritanien. Tous les deux Peuls. Après des études d’économie et de gestion à Nouakchott puis à Dakar, et un Master 2 de gestion à Nice, je me destine à une tout autre carrière en Afrique, mais les hasards de la vie en ont décidé autrement ; j’ouvre le restaurant « Le Petit Ogre  » à Lyon en 2013.     

Comment vous est venu l’idée d’être chef ?

Comme beaucoup d’autres étudiants, pour gagner de quoi vivre durant mes études, je débute dans la restauration. Hasard et nécessité, un chef m’ouvre rapidement les portes de sa cuisine et m’apprend les recettes méditerranéennes. En parallèle, de tempérament entrepreneur et formé en gestion, j’accompagne un ami dans l’ouverture de son établissement, ce projet n’aboutira pas. Mais l’idée a germée en moi, l’audace et la passion font le reste.

Quelle est, selon vous, la plus grande spécialité culinaire en Mauritanie, et quelle est la recette.
La position géographique de Mauritanie en fait un pays aux confluences de la cuisine Saharienne (arabo-berbère) et de la cuisine Sahélienne (Afrique noire). On y trouve par exemple le couscous interprété avec le mil (ngomou) ou le thiéboudiène.

Et vous, quelle est votre plus grande spécialité ?  
Je propose une cuisine de contraste : c’est une signature culinaire spontanée qui questionne le produit. Je l’associe à un territoire. Ensuite je l’envisage de façon transversale, en superposant les saveurs. Je le fais voyager par un travail des épices, des condiments. De ce voyage émerge un dialogue par lequel les produits se valorisent mutuellement.

Velouté de topinambours du Chef

Quelles difficultés avez-vous rencontré sur votre chemin pour devenir chef ? Quel est votre plus grand succès, votre plus grande fierté dans ce métier ?      

Quelques galères, plus ou moins instructives, et beaucoup de bonheur aussi.
De vivre dans ma ville (Lyon) une aventure humaine dans un lieu de partage, qui repose sur le dialogue, la découverte. D’avoir des clients curieux de découvrir mon langage culinaire, et qui ont envie de partir en voyage avec moi.

Quelles sont vos liens avec le continent Africain ?

Je fais partie des porte-étendards de la gastronomie africaine en France, donc j’endosse une responsabilité pour défendre, faire découvrir et faire aimer cette gastronomie. J’ai également la volonté de transmettre, ici et en Afrique, par la mise en place de projets créatifs et vertueux, des écosystèmes basés sur le travail de la terre, ce sont des projets en cours…