Crédits photo : Nathanael DJIMBILTH

Comment vous est venu l’idée d’être chef ?

« Chef » n’est pas un métier, ni une fonction, c’est un titre ! Un titre que l’on obtient lorsqu’on dirige une brigade. Il faut donc être très vigilant sur l’utilisation de ce mot « chef » et aussi le respecter, car il est souvent utilisé à tort et à travers… et aussi pour s’autoproclamer…

Je suis pâtissier tout simplement. Passionné de cuisine depuis tout petit à Abidjan, j’ai découvert le monde de la pâtisserie lorsque je suis arrivé à Paris en 2008 et j’ai tout de suite été émerveillé par le raffinement, la beauté, le côté artistique. J’ai passé d’abord plusieurs années à gouter différentes pâtisseries avant de m’y intéresser plus sérieusement à travers les émissions TV, les blogs, les réseaux sociaux et les livres.

J’exerçais ma passion pour la pâtisserie occasionnellement pour la famille et les amis en parallèle de mon métier d’ingénieur ferroviaire. Au fur et à mesure du temps, je me suis investi de plus en plus dans cette passion : en achetant de plus en plus de livres, de plus en plus de matériel, en regardant de plus en plus de vidéos, en essayant de plus en plus de recettes, de techniques…. Tout cela chez moi en autodidacte.  Puis je suis allé à la rencontre des professionnels de la pâtisserie pour connaître leur métier tel qu’il est réellement au quotidien et non pas comme il est présenté de manière édulcorée à la télé. Je me suis littéralement immergé dans ce monde en passant plusieurs de mes weekends à travailler bénévolement en pâtisserie, dans une vraie équipe, avec les mêmes horaires que tout le monde, afin de me rendre compte des réalités du métier et savoir si je voulais vraiment faire cela de ma vie. Le coup de foudre a été immédiat et mon envie de changer de métier a grandi jusqu’à me convaincre d’arrêter mon travail d’ingénieur ferroviaire pour me reconvertir. C’est ce que j’ai fait en fin d’année 2019 où j’ai démissionné de mon poste après 5 années chez Hitachi Rail.

J’ai intégré l’école FERRANDI PARIS en Janvier 2020 pour passer mon CAP Pâtisserie que j’ai obtenu en juin 2020. Aujourd’hui je suis pâtissier à mon compte : je fais du consulting, de la création de recettes, des formations pour particuliers et professionnels.

Quelle est, selon vous, la plus grande spécialité culinaire en Côte d’Ivoire ? Et vous, quelle est votre plus grande spécialité ?  

(Rires) C’est compliqué d’en choisir une, tant la cuisine ivoirienne est riche ! On a les grillades avec les poulet et poisson braisé… mais aussi l’attiéké, l’alloco, les sauces, le foutou, les kedjenous… Vraiment impossible de choisir.

En ce qui me concerne, je parlerai du « Nid Fruité », une tarte que j’ai imaginé autour de la mangue, le fruit de la passion, la vanille et la noix de coco. Elle est composée d’une pâte sucrée, crème d’amande, croustillant coco, crémeux mangue-passion, ganache montée vanille et confit mangue-passion.

Nid Fruité, la spécialité de Moulaye.

Quelles difficultés avez-vous rencontré sur votre chemin pour devenir chef ?             

En France, en cuisine, on a l’habitude de retrouver les africains majoritairement à la plonge ou alors en tant que petites mains sur des tâches peu gratifiantes… Alors voir arriver un africain en pâtisserie, qui sait de quoi il parle et qui a des idées bien précises, ça n’a pas été facile à digérer pour certaines personnes…

Ajoutez à cela, l’étiquette de « reconverti » car c’est comme cela qu’on nous appelle dans le milieu… les gens se disent « encore un qui s’est reconverti parce qu’il pense que la pâtisserie c’est tout beau tout glamour comme à la télé » … Mais toutes ces contraintes m’ont motivé pour prouver ce dont j’étais capable sur le terrain et pour prouver que je n’étais pas là par hasard : que je méritais ma place !

Quel est votre plus grand succès, votre plus grande fierté dans ce métier ? 

Je ne suis qu’au début de ma carrière donc c’est compliqué de répondre à cette question…

Mais je dirai que c’est d’avoir pu inspirer d’autres personnes, d’autres africains, à se lancer dans cette aventure.