Hapsatou Doro

Le Forum du Luxe, du 28 au 30 octobre 2021, à l’hôtel Noom Abidjan

Comment décrirais-tu ton lien à la France et à l’Afrique ? 

Je suis née et j’ai grandi en France. Mes parents sont d’origine sénégalaise. Cette double culture est une chance inestimable. Depuis mes 13 ans, je réalise de nombreux allers-retours entre la France et le Sénégal. La femme d’affaires que je suis aujourd’hui s’est construite et forgée grâce à ces deux pays. J’ai appris à tirer le meilleur des deux, et j’en suis très fière. La France et le Sénégal m’ont tant apporté : une enfance bilingue, une grande ouverture d’esprit et un enrichissement culturel des deux côtés. Je suis aussi bien attachée aux classiques du patrimoine français, qu’aux classiques sénégalais, dont je me suis me nourrie au quotidien pour devenir la femme que je suis.

Aujourd’hui, ma vie est totalement imprégnée de mélanges et d’échanges entre la France et l’Afrique. J’entreprends aisément des projets aussi bien en Afrique, notamment à Abidjan, qu’à Paris. Je suis épanouie dans ma vie professionnelle et personnelle car j’ai trouvé le parfait équilibre; ne renier aucune de mes identités, mais au contraire, les entremêler et les additionner constamment l’une à l’autre. Cette double appartenance est une force et une réelle richesse pour ma carrière. Je peux aussi bien m’identifier à mes clients européens, qu’à mes clients africains, car je maîtrise les codes culturels des deux continents. 

Quel est ton parcours entrepreneurial ?

J’ai commencé à entreprendre très tôt, dés le début de ma vingtaine. En parallèle de mes études dans les échanges internationaux, j’ai développé deux activités lucratives en autodidacte: la conception de boutiques en ligne (j’adorais coder!), et l’animation de réseaux sociaux (stratégie d’acquisition et production de contenu pour des TPE tels que des salons de coiffure, des restaurants, ou des marques indépendantes…). Je recrutais les clients dans mon entourage, et surtout en étant audacieuse car j’allais frapper à la porte d’établissements en me présentant comme la personne qui allait booster leur notoriété et leurs ventes grâce au levier qu’est internet. J’ai enchainé quelques expériences dans le négoce de matières premières et dans l’import/export de cadeaux d’affaires premium. Puis, grâce à ma passion innée pour la créativité et le conseil, j’ai bifurqué vers l’influence digitale.

En janvier 2018, j’ai effectué mes premiers pas dans l’évènementiel. Je donnais rendez-vous chaque mois, à des marques et influenceurs, dans des hôtels de luxe parisiens, pour créer sur place des campagnes phygital 100% organiques. A travers ce concept mensuel, mes clients bénéficiaient d’une puissante visibilité sur leurs nouveaux produits et services. De nombreux groupes et marques ont été séduits par ce concept novateur: Mac Cosmetics (Estée Lauder), la Maison du chocolat, Philips, Kendo Brands (LVMH), etc… Plus j’organisais des évènements, plus mes clients me demandaient des services annexes : production de shooting, réalisation de vidéos, conseil en influence..

C’est de là que j’ai eu l’idée en janvier 2019 de créer l’agence Digital Society pour rassembler plusieurs services liés à l’influence digitale et l’évènementiel haut de gamme. Etant tout d’abord basée à Paris, j’ai ensuite étendu mes activités en Afrique à partir de janvier 2020. J’ai ainsi proposé mes services au Sénégal avec une première opération pour l’enseigne italienne Illy Café, et depuis janvier 2021, mon agence est également présente en Côte d’Ivoire. Nous y conseillons des marques françaises qui souhaitent renforcer leur présence sur le marché africain, et des marques locales qui souhaitent bénéficier de nos services pour monter en puissance sur les réseaux sociaux et dans l’évènementiel.

Peux-tu nous parler du projet que tu portes ?

Je suis la Présidente du premier Forum du Luxe d’Afrique francophone, qui se tiendra du 28 au 30 octobre à Abidjan. Sur le thème « L’excellence Africaine », cet évènement inédit se veut être le lieu de rassemblement des acteurs principaux du secteur du Luxe, qui est actuellement en pleine expansion en Afrique. L’Afrique est multiple et dynamique. Il existe “des Afriques” qui se réinventent chaque jour, qui innovent, et qui sont même à la pointe de la globalisation du XXIème siècle. Pour que l’industrie du luxe devienne une nouvelle aube africaine et puisse réellement se développer dans les différentes parties du continent et ailleurs, il est urgent de protéger et de valoriser l’immense patrimoine que l’Afrique possède et de changer la perception de son artisanat.

Pour moi, l’enjeu est de placer au coeur de la réflexion, les initiatives, créations, et prestations de Luxe dont les fondateurs sont africains, afin de créer une véritable synergie autour d’un art de vivre à l’Africaine. Une quarantaine d’intervenants originaires des quatre coins du continent, de France, de Suisse et de Belgique répondront à une dizaine de problématiques concernant l’art, la gastronomie, la mode, ou l’hôtellerie haut de gamme. Inclusif, le Forum réunira pour la première fois les experts et ambassadeurs de grandes marques internationales et les créateurs de marques Africaines. Je veux, à mon humble niveau, contribuer au développement du continent.

Changer de narratif requiert également de changer la perception que le monde a de l’Afrique. L’industrie du luxe, “made in Africa”, y a pleinement son rôle à jouer puisqu’elle se développe depuis des millénaires pour tendre vers l’excellence, et se veut rare, immuable et surtout durable. De même, l’entrepreneuriat en Afrique est en pleine expansion et participe à la valorisation du patrimoine culturel, créatif et innovant du continent. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai souhaité mettre en place un partenariat avec Ecobank Côte d’Ivoire, qui présentera lors du Forum le programme « Ellever », qui accompagne les entrepreneures et les entreprises dirigées par des femmes ou orientées vers les femmes en leur proposant des solutions financières et des services à valeur ajoutée qui leur permettront de réaliser leur plein potentiel et de prospérer. 

Ton motto ? 

« When you are not allowed a sit at the table, build your own table”

* Lorsque vous n’êtes pas autorisé à vous asseoir à la table, construisez votre propre table.