L’observatoire de la Fintech

L’entrepreneuriat des diasporas crée des passerelles entre la France et l’Afrique, continent de « l’innovation frugale »
Par Wilfrid Lauriano Do Rego, Président du conseil de surveillance de KPMG, Coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA)

Observatoire de la Fintech

Créé en juillet 2017 au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, le Conseil Présidentiel pour l’Afrique rassemble une dizaine de membres, indépendants et issus de la société civile. Sa feuille de route tient en deux axes : faire plus parler d’Afrique en France – et ainsi aller à la rencontre de la population et de toutes les couches de la société, et nourrir une vision renouvelée du partenariat avec le continent, en plaçant en première ligne les diasporas et les sociétés civiles africaines et françaises. Depuis le mois de septembre, le CPA s’est mobilisé pour catalyser les initiatives visant à faciliter, à rendre plus visible et à accroître l’impact des entrepreneurs et porteurs de projets économiques innovants issus des diasporas africaines. Ce « Tour de France de l’entrepreneuriat », commencé à Bordeaux le 26 septembre, s’est poursuivi à Lyon puis à Marseille, et se clôturera à Paris le 5 février 2021. Il a notamment mis à l’honneur des entrepreneurs du secteur de la Tech, dont le potentiel de croissance, en France comme en Afrique, est considérable.
Nous avons voulu en savoir plus.

La rédaction : Bonjour Wilfrid Lauriano do Rego. Vous êtes le coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique depuis juillet 2019. En quoi consiste le Tour de France de l’entrepreneuriat des diasporas africaines que vous avez lancé en septembre, et quels sont ses objectifs ? 

Wilfrid Lauriano do Rego : Nous sommes convaincus que le nouveau partenariat entre la France et l’Afrique, voulu par le président de la République, doit avoir une forte dimension économique. Et nous sommes tout aussi convaincus que l’entrepreneuriat des diasporas africaines crée des passerelles entre la France et l’Afrique. Il crée des
« solidarités de fait », pour reprendre la métaphore de Jean Monnet au sujet de la construction européenne. Cet entrepreneuriat des diasporas peut impulser une nouvelle dynamique à notre relation avec le continent et représente un vecteur de transformation profonde. Il est doublement vertueux, en Afrique, mais aussi en France. Nous militons pour une meilleure visibilité des succès des Français issus des diasporas africaines, et tout spécialement ceux des entrepreneurs, car cela crée des vocations.

Le « Tour de France » que nous avons initié y contribue, il met en lumière des parcours de réussite inspirants, comme par exemple celui de Bertin Nahum, fondateur de MedTech, une société spécialisée dans la chirurgie robotique du cerveau et de la moelle épinière, qui est aujourd’hui cotée en bourse. Mais, en plus d’être des role-models, à l’intérieur de nos frontières, les entrepreneurs issus de la diaspora sont naturellement les porte-drapeaux d’une relation avec l’Afrique que nous souhaitons plus équilibrée, et plus équitable. L’objectif est double : faire un diagnostic, c’est-à-dire identifier les besoins, les attentes et les enjeux des diasporas africaines en matière d’entrepreneuriat, notamment dans les secteurs porteurs de l’économie comme le numérique.

Et proposer des pistes de solution, dans trois domaines : l’information (car tous les dispositifs d’aide existants ne sont pas connus ou rationalisés), le financement pour passer à l’échelle (l’accès au crédit bancaire) et l’accompagnement au sens large (mentorat, networking). A l’issue de nos débats, nous remettrons nos propositions au président de la République.

En quoi l’entrepreneuriat est-il aussi un enjeu en Afrique, notamment dans le domaine de la Tech ?

La réponse aux défis de l’Afrique viendra d’abord du secteur privé, et tout ce qui peut concourir à son développement et à son bon financement doit être encouragé. L’Afrique doit créer plus de 11 millions d’emplois nouveaux chaque année. Le secteur public est au bout de ses capacités, l’entrepreneuriat est la solution. La Tech est le domaine par excellence de l’innovation, et l’Afrique a développé une compétence remarquable en matière
« d’innovation frugale » dans le secteur des Fintech, avec par exemple les solutions de paiement mobile par téléphone. La technologie et l'innovation accélèrent le développement et participent à l’inclusion financière.
Les technologies de la communication sont des outils de bancarisation massive là où les banques traditionnelles ont du mal à pénétrer. Le programme Village Phone en Ouganda, est né de la fusion entre MTN Uganda et le Grameen Technology Center. C’est un succès considérable. On peut aussi citer l’exemple emblématique de la solution de paiement par mobile M-Pesa au Kenya.
Mais il y a également une foule d’autres secteurs essentiels qui sont touchés par cette dynamique de l’innovation africaine : la santé en ligne, avec l’application Rema Medica Technologies au Bénin, l'eau, avec HydroIQ au Kenya, le premier opérateur virtuel mobile à fournir des solutions intelligentes pour la distribution de l'eau, ou l’agriculture, avec Nano Air au Sénégal, une start-up spécialisée dans la télé-irrigation permettant à tout agriculteur de gérer l'arrosage de ses cultures à distance depuis son téléphone portable.

Quel est le rôle des diasporas africaines de France dans cette dynamique de l’innovation africaine par la Tech ? 

Elles sont un facteur du développement entrepreneurial, un accélérateur, car elles agissent à cheval entre deux continents et développent l’économie, tant en Afrique qu’en France. J’ajoute que bien souvent les projets qu’elles développent peuvent accélérer la mise en œuvre des Objectifs du Développement Durable (ODD). C’est d’ailleurs la raison d’être d’une plateforme innovante comme Afrikwity, spécialisée dans l’equity crowdfunding vers l’Afrique, qui permet d’investir dans les startups qui ont un impact positif sur les ODD. Les exemples sont nombreux. La plateforme Diaspora Santé, créée en 2015, propose à une personne vivant en France ou ailleurs de souscrire à une assurance maladie 100 % digitale au profit d’un proche habitant en Afrique. L’entreprise Benoo Energies (Bordeaux) agit en direction du Togo et du Burkina Faso et contribue à la transition énergétique et digitale (kits solaires, mini-réseaux, équipements productifs).

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