[Tribune] – 29 mai 2020

Cinquante-neuf députés et deux personnalités appellent à la défiscalisation des transferts financiers des migrants et à l’accélération de la bi-bancarisation entre la France et l’Afrique

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Annulation, moratoire, suspension temporaire… Les économistes se perdent en tergiversations pour évoquer l’allègement du fardeau que constitue la dette africaine sur son économie, qui vraisemblablement ne se fera qu’à moyen ou long terme. Or, il est urgent d’agir en influant sur un canal financier trop souvent oublié : les transferts d’argent effectués par les diasporas africaines au bénéfice de leurs proches restés au pays.

Véritable bouffée d’air pour de nombreuses familles, selon la Banque mondiale, les transferts d’argent effectués par les diasporas africaines représentaient un volume global de près de 86,2 milliards de dollars en 2019.

Ils représentent ainsi plus de la moitié de l’aide publique au développement à destination de l’Afrique. A titre d’illustration, pour le Sénégal, qui compte officiellement entre 500 000 et 600 000 ressortissants vivant à l’étranger, l’argent de la diaspora s’élevait, en 2018, à 9.1 % du PIB — soit deux fois le montant de l’aide publique au développement reçue par le pays sur la même année.

Or, face à la pandémie de Covid-19 que le monde traverse actuellement, les transferts d’argent deviennent de plus en plus difficiles à réaliser en France du fait du confinement et de la fermeture des frontières. La Banque mondiale a d’ailleurs estimé que les transferts d’argent des diasporas africaines pourraient diminuer de 20 % en 2020.

Dispositif fiscal. Dans ce contexte inédit et très difficile, Bercy et le gouvernement français doivent, dès à présent et au moins pour quelques mois, mettre en place un dispositif fiscal permettant aux diasporas africaines de déduire de leur revenu brut global ; ce, dans une certaine limite, le montant des commissions appliqué sur ces envois de fonds. En effet, les commissions appliquées aux transferts d’argent entre particuliers depuis la France représentent un coût important, et ne peuvent plus être tolérées. Ce qui était déjà incompréhensible en temps normal, l’est encore plus en ces temps de crise mondiale. Il s’agit également de corriger une injustice notamment envers l’Afrique subsaharienne, dont les frais d’envois sont de l’ordre de 9,3 %, alors qu’ils sont en moyenne de 5 à 7 % partout ailleurs dans le monde.

C’est une mesure d’aide au développement concrète, réaliste et directe, qui ne se perdrait pas dans les différents canaux institutionnels. D’ailleurs, l’aide publique au développement et les transferts de fonds des diasporas africaines vont de pair : des dispositifs tels que le Programme d’appui aux initiatives de solidarité pour le développement (Paisd) permettent d’allier argent public et fonds des diasporas.

* Wilfrid Lauriano do Rego est coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique et président du conseil de surveillance de KPMG France

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