[Tribune] – 7 novembre 2020

Par Wilfrid Lauriano do Rego* et Yves Delafon**

En novembre 2017, à Ouagadougou, le président Emmanuel Macron a dessiné les contours d’un partenariat rénové entre la France et l’Afrique. Son discours a posé les jalons d’une politique visant à renouveler cette relation multiséculaire, respectueuse de nos passés mais désormais tournée vers l’avenir. Le Président de la République a souligné sa volonté de valoriser le rôle des diasporas africaines, en tant qu’acteurs économiques, en encourageant l’entrepreneuriat et l’innovation.

En France comme dans les pays d’Afrique, les diasporas sont des acteurs incontournables du développement économique. Alors que la crise du Covid-19 a entraîné une contraction spectaculaire des flux d’Investissement Direct Étranger adressés à l’Afrique (-28% en 2020), et alors que l’aide publique au développement ne cesse de se réduire depuis une quinzaine d’années, l’entreprise et l’entrepreneuriat apparaissent en effet aujourd’hui comme les chaînons manquants du développement du Continent. La notion d’aide au développement, obsolète et datée, est d’ailleurs en train de s’effacer au profit de celle d’investissements publics développement. Car en réalité, c’est de cela qu’il s’agit tant nos destins sont liés avec l’Afrique.
La question de l’entrepreneuriat des diasporas est une question fondamentale, à la croisée de multiples enjeux. L’entrepreneuriat est facteur d’inclusion socio-économique, il crée de l’emploi, de la richesse et des opportunités partagées. L’entrepreneuriat est aussi un facteur d’émancipation individuelle et d’autonomisation. Il dessine un chemin, un avenir, et représente une source d’inspiration. Enfin, l’entrepreneuriat des diasporas africaines créé des passerelles entre la France et l’Afrique. Il contribue au renouvellement du partenariat et au déploiement d’un nouveau softpower français en Afrique, adossé à la diaspora.
Nous en sommes persuadés : être issu de la diaspora est un atout, une compétence supplémentaire et un supplément d’âme. Réussir en France, c’est se mettre dans les meilleures conditions pour pouvoir ensuite grandir, changer d’échelle, entreprendre en direction de son pays ou de sa région d’origine.

La France compte environ 5 millions d’entrepreneurs, pour environ 25 millions de salariés, public et privé confondus. Il se créait chaque année environ 600 000 entreprises, mais cette dynamique est en nette accélération depuis deux ans. 813 000 entreprises se sont créées en 2019, et la part des femmes et des jeunes chez les créateurs d’entreprise est en augmentation constante. Les bouleversements du monde du travail, sous l’effet des changements technologiques (la digitalisation) et sociologiques (l’aspiration à davantage d’autonomie), risquent d’être exacerbés par la crise du coronavirus. Le développement de l’entrepreneuriat est donc un enjeu majeur et structurant pour notre société, car il peut constituer une réponse à cette crise.
Les entrepreneurs issus de la diversité et des diasporas africaines sont nombreux. Ils pourraient l’être bien plus encore. Il existe un potentiel de création d’entreprise et d’innovations encore non exploité, qui est considérable. Le débat organisé à Marseille le 9 novembre par le Conseil présidentiel pour l’Afrique, en partenariat avec Africalink, vise précisément à atteindre cet objectif en facilitant et valorisant l’impact des entrepreneurs innovants issus des diasporas africaines. Car ces entrepreneurs restent confrontés à de multiples obstacles. Les acteurs du secteur bancaire sont souvent trop frileux lorsqu’il s’agit d’accompagner les projets à cheval entre deux continents. Bien des dispositifs d’aides et d’incitation existent, mais ils sont méconnus et pas toujours accessibles. Il faut donc améliorer l’accès à l’information, flécher, et proposer une gamme différenciée de solutions. Pour les entrepreneurs ayant franchi le stade de « l’amorçage », et qui souhaitent changer d’échelle et se développer en Afrique. Pour les porteurs de projets entre la France et l’Afrique, qui souhaitent entreprendre. Et pour les entrepreneurs des diasporas issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville, qui font face à des problématiques spécifiques.

Donner la parole aux entrepreneurs de la diaspora contribuera à affiner le diagnostic, à mieux identifier leurs besoins, leurs attentes et leurs enjeux. A l’issue de ces rencontres, une série de recommandations seront remises au Président de la République, à la Ministre déléguée en charge de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes, de l’Égalité des Chances et de la Diversité et à la Ministre déléguée à la Ville.
Parce qu’il engendre des intérêts convergents, parce qu’il créé des « solidarités de fait », l’entrepreneuriat entre la France et l’Afrique représente la meilleure des réponses et le meilleur des antidotes aux logiques de repli identitaires et religieux qui ont été attisées par les convulsions de l’actualité.

* Wilfrid Lauriano do Rego est coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique et président du conseil de surveillance de KPMG France
** Yves Delafon est président du réseau Africalink et administrateur du groupe BCI SA (Banque pour le Commerce et l’Industrie)

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