[Tribune] – 10/10/2020

La France s’engage pour l’Afrique qui innove dans le domaine de la santé

Signataires :

Yvonne Mburu, chercheuse en immunologie, membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA)
Bruno Rivalan, directeur adjoint d’Action Santé Mondiale
Wilfrid Lauriano Do Rego, coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA)

TRIBUNE : En Afrique, où l’espérance de vie a progressé de dix ans depuis 2003, des acteurs innovent pour améliorer l’accès aux soins. Avec l’aide de la France.

La sixième conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui s’est tenue à Lyon le 10 octobre, en présence du président Emmanuel Macron et de six dirigeants africains, a permis de lever 14 milliards de dollars pour la période 2020-2022. Un montant qui permettra de sauver 16 millions de vies supplémentaires, en rendant accessibles des traitements comme les trithérapies aux patients des pays du Sud. L’Afrique est concernée au premier chef : 75% des fonds décaissés par cet organisme au cours du dernier exercice triennal sont allés au continent. En accueillant cet événement et en mobilisant la communauté internationale, la France confirme que son engagement pour la santé mondiale est l’une des orientations stratégiques de sa diplomatie.

La France consacre en effet 8% de son aide publique au développement à la santé, soit environ 850 millions d’euros par an. Avec 5,3 milliards d’euros de dons cumulés depuis 2002, elle est le premier donateur européen et le deuxième donateur international du Fonds Mondial. L’Afrique est l’un des principaux partenaires de la politique française en santé mondiale. Avec l’aide multilatérale, à travers le Fonds Mondial, Gavi (l’alliance pour les vaccins) ou encore Unitaid, et grâce à l’action de l’Agence Française de Développement (AFD), la France a soutenu l’accès aux traitements vitaux, a participé au renforcement des systèmes de santé et a placé la question des droits humains, sexuels et reproductifs au cœur de l’agenda des politiques de santé internationales.

De réels progrès sanitaires ont été accomplis en Afrique ces deux dernières décennies : l’espérance de vie a progressé de dix ans entre 2000 et 2015 la mortalité liée au paludisme a diminué de moitié. Mais l’augmentation des maladies chroniques, des cancers, la résurgence des épidémies et les barrières politiques et financières posent de nouveaux défis et obligent à repenser nos paradigmes d’action.

En Afrique du Sud, au Botswana, en Éthiopie, en Guinée, au Rwanda et au Sénégal, les acteurs du terrain n’ont pas attendu pour innover et pour inventer des solutions à fort impact pour améliorer l’accès aux soins. Installé en août 2017 par Emmanuel Macron, le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) est allé à la rencontre de cette Afrique des solutions, dynamique et multiple, en prise avec ses réalités et en phase avec son temps. Réalisée avec l’aide d’Action Santé Mondiale, l’initiative Carnets de santé en Afrique, menée tout au long de l’année écoulée, a permis de recenser et décrire 43 projets novateurs et inspirants ayant bénéficié de l’appui de la France.

Au Rwanda, un centre d’excellence pour former un millier de praticiens africains par an à la chirurgie robotique mini-invasive a été implanté à Kigali, en partenariat avec l’IRCAD, l’Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif, crée en 1994 par le Professeur Jacques Marescaux. En Éthiopie, l’un des pays les plus touchés par les formes pharmaco-résistantes de la tuberculose, un essai clinique mené à l’hôpital de Bishoftu teste de nouveaux traitements grâce au soutien d’Unitaid, dont la France est le premier contributeur international avec plus de 1,7 milliard d’euros de dons cumulés. Les résultats des nouvelles combinaisons thérapeutiques expérimentées à Bishoftu montrent un taux de guérison de 80%. Au Sénégal, les champions communautaires formés par Speak Up Africa et soutenu par le Fonds Mondial démocratisent l’accès à la santé dans la région de Thienaba et ont permis de ramener le taux de morbidité du paludisme de 37% à 1% en moins de 15 ans.

Ces exemples éloquent, montrent, si besoin était, que le continent innove, à tous les niveaux. L’appui de la France participe à cet agenda africain des solutions et contribue à l’émergence d’un nouveau partenariat, plus équilibré et plus durable. Non seulement son investissement en santé mondiale est efficace et relativement peu couteux, mais il est également massivement approuvé par les Français.

Mais il faut aller plus avant. L’augmentation des budgets de l’aide au développement décidée par le président Emmanuel Macron représente à cet égard une opportunité pour augmenter nos contributions aux instances multilatérales les plus efficaces mais également les capacités de l’AFD en faveur de la santé, qui ne drainait que 3% de l’activité de l’Agence en 2016. La France doit également profiter des prochains rendez-vous internationaux dont elle assurera la présidence (sommet Afrique-France en juin  2020 à Bordeaux, Forum mondial de la Femme « Pékin + 25 » en juillet 2020, à Paris), pour renforcer son leadership diplomatique sur le sujet. Bien public mondial, pilier du capital humain et vecteur de paix et de stabilité, la santé mondiale dépasse le seul champ de la solidarité et doit être également pensée comme vecteur de notre destin commun. Elle justifie donc une action collective internationale dont la France et l’Afrique doivent être moteurs.

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