[Tribune] – 30 juin 2020

ENTRETIEN. Une séquence africaine s’ouvre dans l’agenda du président Macron qui se rend en Mauritanie. Sur la relation Afrique-France, l’analyse du coordonnateur du CPA*.
Propos recueillis par Malick Diawara

Wilfrid Lauriano do Rego

La crise sanitaire du Covid-19 a coupé l’élan d’une année que la France et le président Macron avaient décidé de consacrer à mieux faire connaître et comprendre l’Afrique, à mieux travailler avec l’Afrique à travers une manifestation dédiée, la saison Africa 2020. Ce n’est pas pour autant que la réflexion s’est arrêtée quant au contenu et à la manière d’améliorer les relations entre le continent et la France. Dans le sillage de la crise sanitaire, la crise économique annoncée, la révélation crue des vulnérabilités de l’une et l’autre partie et l’assassinat de l’Afro-Américain George Floyd ont réveillé de vieilles souffrances autour de la colonisation, du racisme, des systèmes qui les ont sous-tendus, des conséquences observées sur les plans politique, économique, social et culturel. Du coup, l’exigence latente d’en réparer les errements et effacer les symboles s’est emparée des opinions publiques de part et d’autre. Quoi de plus opportun qu’un voyage du président Emmanuel Macron en Afrique, en l’occurrence en Mauritanie, pour faire le point avec le Conseil présidentiel pour l’Afrique sur la relation Afrique-France. Ce qu’elle contient vraiment, ce qu’il faudrait améliorer, dans la logique de la naissance d’un nouveau paradigme, pour que cette relation soit la plus apaisée et la plus efficace possible. Pour nous éclairer, son coordonnateur depuis août  2019, Wilfrid Lauriano do Rego, par ailleurs associé et président du conseil de surveillance du cabinet d’audit KPMG, a bien voulu répondre aux questions du Point Afrique.

Le Point Afrique : La crise du Covid-19 a bouleversé un calendrier qui mettait l’Afrique à l’honneur en France. Quel impact a-t-elle eu sur les initiatives et programmes du CPA ?

Wilfrid Lauriano do Rego  : L’année  2020  devait être l’année de l’Afrique en France. S’il n’y avait pas eu cette pandémie mondiale, nous discuterions des conclusions du sommet Afrique-France de Bordeaux, qui se serait tenu du  4  au 6  juin, et nous nous féliciterions de l’originalité de son format participatif. Ce grand rendez-vous devait permettre aux acteurs publics comme privés et à la société civile de construire ensemble des solutions au service de la ville de demain. Mais, avec des si, on met Paris en bouteille… Le sommet n’a pas pu avoir lieu. De même, le démarrage de la saison Africa 2020, à laquelle le Conseil présidentiel pour l’Afrique était aussi étroitement associé, a été reporté de six mois, de décembre 2020 à juillet 2021.

Aujourd’hui, côté africain, la priorité est à la relance économique. Au CPA, nous plaidons pour que cette dimension soit pleinement intégrée dans les travaux à venir. Les événements qui devaient se tenir pour le sommet de Bordeaux comme la « Cité des solutions » ou le programme « Challenge des 1 000 entrepreneurs », qui devaient faire émerger des approches et solutions innovantes pour les métropoles africaines, auront lieu, sous une forme ou une autre, d’ici quelques mois. Le contexte actuel rend la tenue de ces événements encore plus nécessaire, et il faut capitaliser sur le travail qui a déjà été accompli. Au même titre que la culture, l’éducation ou la santé, le sujet de l’entrepreneuriat est dans l’ADN du CPA. Je suis persuadé que le secteur privé africain peut constituer un formidable levier pour la relance des économies du continent, durement frappées par la crise du Covid-19. Nous réfléchissons à deux dispositifs innovants  : un mécanisme de fonds de garantie pour accompagner le micro-crédit digital en Afrique  et un mécanisme de «  caution mutuelle  » pour les jeunes entrepreneurs de la diaspora destiné à leur faciliter l’accès au crédit bancaire. J’espère pouvoir vous en dire davantage à la rentrée…

Vous aviez lancé, en septembre  2019, l’initiative «  Carnets de santé en Afrique » et rédigé un rapport de recommandations sur la politique française en matière de santé mondiale. Pour quels résultats ?

Le rapport que vous évoquez a été remis au président Emmanuel Macron quelques semaines avant le sommet de reconstitution des ressources du Fonds mondial contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, organisé à Lyon les 9 et 10 octobre derniers. Ce rapport préconisait notamment une augmentation globale de l’enveloppe dédiée au Fonds mondial (pour la porter à 14  milliards de dollars sur trois ans) et une augmentation de la contribution française. Ces recommandations ont été suivies. La France est le deuxième contributeur du Fonds mondial et a consacré plus de 8 % de son aide publique au développement à la santé en 2018. L’Afrique est le continent qui bénéficie en priorité de cet effort, amplifié en réponse à la crise liée au Covid-19 grâce notamment au programme Santé en commun lancé par l’Agence française de développement.

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